L'histoire de la terre de Fadak - 1ere Partie -

Publié le par AbouAyman

La Terre De Fadaq :
Les Accusations Chiites
 
- 1ère Partie -

 
 
"Mohammad n'est qu'un messager, des messager avant lui sont passés - S'il mourrait donc ou s'il était tué, retourneriez-vous sur vos talon ? Quiconque retournera sur ses talons ne nuira en rien à Allah; et Allah récompensera les reconnaissants."
 Coran 7/10.


Donc, si Allah met en garde les Compagnons, nous sommes en droit de vérifier l'histoire pour nous apercevoir s'ils n'ont fléchi. Pour cela les Hadiths nous seront utiles : Dans le Sahih Boukhari, il est rapporté que le Prophète dit : "Fatima est de moi, qui lui causera du tort me causera du tort." Dans le Sahih Boukhari toujours, il est dit : "Fatima est morte en étant en colère contre Abu Bakr". Subhanallah, ceci n'est qu'une partie des raison pour les quelles les Chiites font un Ijtihad sur la vie de certains Compagnons…


Eléments de Réponse : Pour bien comprendre le problème concernant la question du désaccord entre la fille bien-aimée du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), Fâtimah (radhia allâhou anha) et le premier Calife Bien-Guidé, Abou Bakr (radhia allâhou anhou), il est d'abord nécessaire de revenir sur les circonstances mêmes étant à l'origine de ce désaccord.


Les Hadiths nous apprennent, qu'après le départ du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) de ce monde, Fâtimah (radhia allâhou anha) vint réclamer à Abou Bakr (radhia allâhou anhou) un certain nombre de terres (dont celle de "Fadak", situé dans la région du "Hidjâz" et habitée par un groupe de juifs) en guise d'héritage du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam). Abou Bakr (radhia allâhou anhou) refusa de lui remettre ces terres et lui rappela le Hadith qu'il avait personnellement entendu du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) :


"Nous autres les Prophètes nous ne laissons aucun bien en héritage. Tout ce que nous laissons derrière nous est aumône."


(Il est à noter que Abou Bakr (radhia Allâhou anhou) ne fut pas le seul à avoir entendu le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) dire ceci. Ces propos sont également rapportés de Aïcha (radhia Allâhou anha) (Boukhâri - Volume 2 / Page 996) et de Abou Houraïra (radhia Allâhou anhou) (Boukhâri - Volume 2 / Page 996). Ils ont également été entendus par 'Omar (radhia Allâhou anhou), 'Othmân (radhia Allâhou anhou), 'Abdoul Rahmân Ibné Awf (radhia Allâhou anhou), Zoubeïr (radhia Allâhou anhou), Sa'ad Ibné Waqqâs (radhia Allâhou anhou), mais surtout 'Ali (radhia allâhou anhou) et 'Abbas (radhia allâhou anhou), tous deux membres unanimement reconnus de la famille du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) ("Ahl oul Bayt") (Voir Boukhâri - Volume 1 / Page 435, Volume 2 / Pages 575 et 596, Mouslim - Volume 2 / Page 90 et Tirmidhi - Volume 1 / Page 194, entre autres…)
 
 
Ajoutons à cela le fait qu'il existe des Traditions considérés comme étant fiables dans les ouvrages de référence chiites qui mentionnent aussi de façon explicite que les Prophètes (alayhimous salâm) ne laissent en héritage aucun bien matériel… Ainsi, Al Koulaïni (qui est considéré comme une référence chez les chiites) cite dans son ouvrage "Al Kâfi" le Hadith suivant: "Certes, les oulémas sont les héritiers des Prophètes et les Prophètes ne laissent en héritage ni dirham, ni dînâr… ils ne laissent en héritage que le "Ilm" (la science)…" Al Madjilisi (autre savant chiite reconnu), commentant les différentes chaînes de transmission de ce Hadith affirme que l'une d'entre elle est fiable et authentique (Réf : "Mir'ât oul Ouqoûl" - Volume 1 / Page 111).
 
 
Ce qui prouve également l'authenticité de cette Tradition chez les chiites, c'est le fait que Khomeïni le cite comme argument dans son célèbre ouvrage "Al Houkoumat oul Islâmiyah", en précisant clairement que tous les narrateurs de sa chaîne de transmission sont fiables… Bref, il ressort de ces références que même les chiites reconnaissent que les Prophètes (alayhimous salâm) ne laissent aucun bien matériel en héritage. C'est exactement ce que Abou Bakr (radhia Allâhou anhou) a rappelé à Fâtimah (radhia Allâhou anha) au sujet de la terre de "Fadak". Où est donc l'injustice dans ce qu'il a fait et dit ??? !!!)

A la suite de ce refus, qui était tout à fait justifié, comme on vient de le voir, il est dit que Fâtimah (radhia allâhou anha) fut mécontente envers Abou Bakr (radhia allâhou anhou) et ne lui adressa plus la parole (Références: Boukhâri et Mouslim). (Une remarque quand même… Est-il établi de façon certaine que Fâtimah (radhia Allâhou anha) n'adressa plus du tout la parole à Abou Bakr (radhia Allâhou anhou) et qu’elle est restée fâchée contre lui jusqu'à sa mort ? Rien n'est moins sûr… comme on va le voir par la suite, Incha Allah.)

Venons en maintenant à vos commentaires sur ce récit: A ce sujet, tout d'abord, sachez que je trouve votre raisonnement très simpliste. En effet, vous vous basez sur le Hadith précédent, ainsi que sur un autre Hadith du Sahih Boukhâri qui mentionne que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit en ce sens: "Celui qui mettra Fâtima (radhia allâhou anha) en colère, alors c'est comme s'il m'a mis en colère." (en arabe: "man aghdhabaha faqad aghdhabani") , et à partir de là vous faites un "Idjtihâd" (effort de raisonnement et d'interprétation) et vous arrivez à conclure (avec l'appui d'autres "arguments" du même genre) que la foi de Abou Bakr (radhia allâhou anhou) avait fléchi… ??? !!!

Une chose est sûre: Abou Bakr (radhia allâhou anhou) n'a jamais voulu nuire à Fâtima (radhia allâhou anha), ni n'a jamais cherché volontairement à la mettre en colère. Il n'a fait que lui rappeler son devoir en ce qui concernait les biens laissés par le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam). C'est pourquoi Abou Bakr (radhia allâhou anhou) ne cessait de répéter: "Par Allah ! O fille de l'Envoyé d'Allah ! Que je me comporte bien envers les proches du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) m'est plus cher que d'entretenir de bonnes relations avec ma propre famille !"

A partir de là, il est clair que les propos du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) ne s'appliquent pas à lui… Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) lance en effet un avertissement à ceux qui nuisent à Fâtima (radhia allâhou anha) et la mettent en colère (le mot arabe employé par le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) est "Aghdaba" qui signifie mettre quelqu'un volontairement en colère par ses propos ou ses gestes) , non pas ceux contre qui Fâtima (radhia allâhou anha) est en colère… Il y a là une nuance qu'il faut bien comprendre.
 
 
 
 En effet, il est arrivé qu'elle (radhia allâhou anha) se soit mise en colère contre Ali (radhia allâhou anhou) (Le Hadith qui relate ceci est présent dans le Sahih Boukhâri)… Par exemple, Ali (radhia allâhou anhou) avait voulu prendre comme seconde épouse la fille de Abou Djahal. A cette occasion, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) prononça un sermon et tint les propos cités ci dessus (""Celui qui mettra Fâtima (radhia allâhou anha) en colère, alors c'est comme s'il m'a mis en colère." ) Peut-on déduire de là que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) était aussi en colère contre Ali (radhia allâhou anhou) et que la foi de Ali (radhia allâhou anhou) avait fléchi ???…

(Je tiens à ouvrir ici une petite parenthèse: je ne pense pas qu'il appartient à qui que ce soit le droit de faire des "Idjtihad" sur la foi et la condition des compagnons (radhia allâhou anhoum)… surtout pas au sujet de personnes à qui le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a garanti le paradis (comme Abou Bakr (radhia allâhou anhou) et Oumar (radhia allâhou anhou)) !!!)

C'est pour cette raison que je disais qu'il s'agissait là de votre part d'un raisonnement superficiel. Ce n'est certainement pas avec ce genre de déductions que l'on peut arriver à la Vérité. Au contraire, il est nécessaire d'étudier les choses en profondeur, et ce n'est qu'à ce moment qu'on pourra arriver à une conclusion digne de ce nom…

Mais ce n'est pas tout… Si vous persistez à considérer que sur ce point Abou Bakr (radhia allâhou anhou) avait tort, et qu'il a bel et bien cherché à nuire à Fâtima (radhia allâhou anha), alors vous aurez beaucoup de mal à expliquer les éléments suivants:

D'après la jurisprudence chiite, une femme ne peut recevoir de terres en héritage. Beaucoup d'entre vous doivent déjà le savoir, il existe quatre ouvrages fondamentaux pour les chiites, appelés "Ousoul Arba'a'", sur lesquels repose la grande majorité des règles de jurisprudence. Ces ouvrages sont les suivants:
 

"Al Djâmi' oul Al Kâfi" , de Abou Ja'far Mouhammad Ibné Ya'qoub Koulayni Râzi (décédé en l'an 328 de l'Hégire)
 

"Man lâ yahdhourouhoul faqîh", de Cheikh As sadouq Mouhammad Ibné Ali Ibné Houssayn Al Qoummi (décédé en l'an 381 de l'Hégire)
 

"Al Istibsâr" de Abou Ja'far Mouhammad Ibné Al Hassa At Toûsi (décédé en l'an 460 de l'Hégire)
"Tahdhîb oul Ahkâm" du même auteur.
 

Ces quatre ouvrages mentionnent de façon explicite la règle juridique à laquelle je viens de faire allusion. A titre d'exemple, sachez que le livre "Fourou' Kâfi" y a même consacré un chapitre, intitulé "Les femmes n'héritent rien des terres". (Volume 7 / Page 127). A partir de là, il est clair que la décision de Abou Bakr (radhia allâhou anhou) était en conformité totale avec la jurisprudence chiite. Pourquoi donc dès lors lui reprocher cela ? Quelle injustice a-t-il commis ?


Ensuite, comme vous le savez tous, Ali (radhia allâhou anhou) est resté Calife durant 4 ans et 9 mois. Pouvez vous me dire (preuves à l'appui) s'il a remis les terres en question aux héritiers de Fâtimah (radhia allâhou anha), celle-ci étant déjà décédée à ce moment ? S'il ne l'a pas fait (et c'est bien le cas, comme cela est établi d'après les sources historiques…), cela signifie-t-il pour vous que Ali (radhia Allâhou anhou) a aussi commis une injustice à ce sujet, à l'instar de ce qu'aurait fait Abou Bakr (radhia allâhou anhou) (d'après les Chiites, bien sûr) ?


Comme mentionné plus haut, Abou Bakr (radhia allâhou anhou), ainsi que beaucoup d'autres Compagnons (radhia allâhou anhoum), parmi lesquels Ali (radhia allâhou anhou) et Abbas (radhia allâhou anhou), avaient entendu le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) dire que ce qu'il laissait après lui était considéré comme aumône, et qu'il ne devait être donné en héritage à qui que ce soit.
 
 
D’après vous, Abou Bakr (radhia allâhou anhou) aurait du abandonner ce Hadith clair et explicite du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), qui était "Ma'soum" (infaillible et pur de tout péché), en donnant ces terres à Fâtima (radhia allâhou anha) ?


Si quelqu'un d'autre parmi les illustres "Ahl Bayt" (gens de la famille du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam)) aurait été à la place de Abou Bakr (radhia allâhou anhou), il y a de très fortes chances qu'il aurait fait exactement la même chose que lui… Allâmah Ibné Kathir r.a. nous rapporte dans son célèbre ouvrage "Al Bidâya wan Nihâya", avec sa propre chaîne de transmission, les propos suivants de Imâm Zayn oul Abidin Ali Ibnil Housayn Ibné Ali Ibné Abi Tâlib (radhia allâhou anhou) (qui, pour les Chiite, est un des 12 Imâms infaillibles): "Si j'avais été à la place de Abou Bakr (radhia allâhou anhou), j'aurais rendu le même jugement que lui en ce qui concerne les terres de "Fadak"." (Réf: "Al Bidâya wan Nihâya" : Volume 5 / Page 290)

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